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samedi 13 septembre 2014

Interdiction des pesticides dans les espaces publics, les hôpitaux et les écoles...

Réglementation

Les espaces verts et les jardins publics bientôt libérés de la pollution des pesticides

 
 
Finis les herbicides épandus dans les parcs et les jardins publics, terminés les pesticides vendus dans les grandes surfaces. Une proposition de loi vise à interdire l’usage des pesticides par les collectivités locales et à encadrer plus strictement leur commercialisation aux particuliers. « Nous allons travailler avec les associations, les consommateurs et les jardiniers, pour faire connaître les alternatives qui existent », assure le sénateur écologiste Joël Labbé, auteur du projet de loi. 3 500 communes ont déjà banni les pesticides de leurs espaces publics.
Première utilisatrice de pesticides au niveau européen, troisième à l’échelle mondiale, la France détient un triste palmarès. Aujourd’hui, l’agriculture représente 90 % de l’utilisation des pesticides. Les 5 à 10 % restants sont utilisés par les collectivités territoriales qui épandent des herbicides sur leurs espaces verts et par les particuliers pour leurs jardins. Ces usages non agricoles des pesticides représentent environ 10 000 tonnes chaque année, avec des impacts sur l’eau loin d’être négligeables.
« Les quantités d’herbicides sont appliquées en ville sur des espaces imperméabilisés comme les voiries ou les parkings. Tout est lessivé directement vers les cours d’eau », relève Joël Labbé, sénateur d’Europe Écologie Les Verts du Morbihan. En utilisant des doses plus importantes, les jardiniers mettent aussi leur santé en danger, précise l’élu, qui a décidé de s’attaquer aux pesticides dans un projet de loi adopté le 19 novembre au Sénat. « Ce texte se concentre sur ce sur quoi nous pouvons légiférer sans délai ».
Amplifier la démarche « Zéro phyto » des communes
Le texte adopté prévoit l’interdiction, en 2020, de l’utilisation des produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts, des forêts ou des promenades accessibles au public. Joël Labbé, qui est aussi maire de Saint-Nolff (3 700 habitants), a déjà banni l’usage des pesticides dans sa commune depuis 2007. Ce qu’on appelle le « zéro phyto », sans produits phytosanitaires. Mais sa démarche s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus vaste. « 10 % des 36 000 communes françaises approchent le zéro phyto. Ce chiffre monte même à 60 % pour les communes de plus de 50 000 habitants », précise t-il. « Nous montrons que ça marche ! »
Via cette proposition de loi, Joël Labbé espère donc amplifier ce mouvement, même si sa proposition initiale avait pour échéance 2018. « Nous avons dû faire des concessions durant les discussions pour que le texte soit voté au Sénat à une très grande majorité. Les centristes ont demandé 2020 pour se caler sur les mandatures des municipales. Si on ne cédait pas, la loi ne passait pas ». Des exemptions ont aussi été accordées pour les cimetières, les terrains de sport et les voies ferrées.
Interdire la vente de pesticides dans les grandes surfaces
La vente de pesticides « pour un usage non professionnel » – c’est à dire dans les jardineries et grandes surfaces – à destination des particuliers, sera également interdite à partir de 2022. Un pas a déjà été franchi dans les rayons des magasins Leclerc en Bretagne qui pourra peut-être faire tâche d’huile. Là-encore, l’échéance initiale portée par le groupe écologiste était 2018. Mais l’UMP, qui n' a pas voté le texte, « souhaitait attendre 2025 ».
« Attendre 2020-2022 ne va pas stimuler suffisamment l’industrie pour la production d’alternatives et surtout, cela fait peser un risque sur ce texte, qui pourrait être attaqué avant cette date », craint François Veillerette, de l’association Génération Futures, qui dénonce régulièrement la présence importante de pesticides dans les aliments. « Nous n’aurons pas à attendre, répond Joël Labbé à Basta ! Les nouvelles équipes municipales seront interpellées. Nous allons travailler avec les associations, les consommateurs et les jardiniers, pour faire connaître les alternatives qui existent et l’exemplarité des communes déjà engagées ».
Bataille législative sur les usages agricoles des pesticides
Pour accompagner cette dynamique, l’article 3 du projet de loi prévoit une étude sur les freins juridiques et économiques empêchant la commercialisation des « substances alternatives », telles que les purins de plantes. « Un amendement socialiste a demandé à ce que soient intégrés les produits phytosanitaires à faible risque. Or, on ne sait pas ce que recouvre la notion de "faible risque" et aucune liste n’est encore définie à l’échelle européenne. Il y a là une petite brèche qui est ouverte par les lobbys de l’agrochimie et pour laquelle il va nous falloir être vigilant sur la suite », souligne le sénateur écologiste.
Cette proposition de loi, qui a fait l’objet de plus de 3 000 contributions via la plateforme Parlement-etcitoyens.fr, sera soumise au vote de l’Assemblée nationale le 23 janvier prochain. Une autre bataille législative s’annonce à l’horizon : la future loi d’avenir agricole, qui devrait être discutée début 2014. « Nous travaillons pour voir comment l’on pourrait réduire les usages agricoles des pesticides, confie Joël Labbé. On s’attaque là au dur... Il va falloir batailler ferme face au milieu agricole productiviste. » La dernière tentative de réduire l’usage des pesticides date du Grenelle de l’environnement, en 2007. Il a débouché sur le plan national Ecophyto qui prévoyait de réduire de 50 % les pesticides entre 2008 et 2018. « On a assisté à une augmentation de 2,7 % entre 2008 et 2011. Il n’y a plus d’objectif de calendrier », regrette le sénateur. La majorité socialiste et écologiste fera-t-elle mieux que l’UMP en la matière ?
Sophie Chapelle
[Mise à jour] : Le Parlement a adopté le 23 janvier 2014 la proposition de loi. Outre les écologistes, les socialistes, les radicaux de gauche, l’UDI et le Front de gauche ont voté pour. Les élus UMP se sont prononcés contre ou se sont abstenus.

lundi 7 juillet 2014

Les pesticides ne tuent pas que les abeilles...

Les pesticides ont des effets néfastes pas seulement sur les abeilles

Des pesticides parmi les plus utilisés dans le monde ont des effets néfastes sur la biodiversité qui ne se limitent pas aux abeilles mais nuisent aussi aux papillons, vers de terre, oiseaux et poissons, selon une évaluation scientifique internationale présentée mardi.
Après avoir examiné les conclusions de quelque 800 études parues depuis une vingtaine d'années, les auteurs de cette évaluation plaident pour «durcir encore la réglementation sur les néonicotinoïdes et le Fipronil», les deux types de substances chimiques étudiées, et de «commencer à planifier leur suppression progressive à l'échelle mondiale ou, du moins, à formuler des plans visant à réduire fortement leur utilisation dans le monde».
«Les preuves sont très claires. Nous sommes face à une menace qui pèse sur la productivité de notre milieu naturel et agricole», indique dans un communiqué le Dr Jean-Marc Bonmatin (CNRS), l'un des principaux auteurs de cette analyse menée sur les quatre dernières années.
L'évaluation a été conduite par un panel de 29 chercheurs internationaux dans le cadre d'un groupe de travail spécialisé sur les pesticides systémiques (conçus pour être absorbés par les plantes). Ce groupe conseille notamment l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l'organisme qui rend compte de l'état de santé de la biodiversité mondiale à travers sa «Liste rouge» des espèces menacées.
Les conclusions doivent être publiées en huit articles pendant l'été dans la revue Environmental Science ans Pollution Research, précise ce groupe de travail.
Les pesticides étudiés sont «aujourd'hui les plus utilisés dans le monde, avec une part de marché estimée à quelque 40%» et sont aussi «communément utilisés dans les traitements domestiques pour la prévention des puces chez les chats et chiens et la lutte contre les termites dans les structures en bois».
Les effets liés à l'exposition à ces pesticides «peuvent être immédiats et fatals mais également chroniques», soulignent les chercheurs, avec des effets comme la perte d'odorat ou de mémoire, une perte de fécondité, une diminution de l'apport alimentaire, comme un butinage amoindri chez les abeilles, ou encore une capacité altérée du ver de terre à creuser des tunnels.
Ces pesticides sont notamment pointés du doigt depuis quelques années comme l'une des causes expliquant le déclin des populations d'abeilles. L'Union européenne a par exemple déjà suspendu en 2013 l'usage du Fipronil et de trois néonicotinoïdes en raison de leurs effets sur les pollinisateurs.
Cette nouvelle analyse montre que bien d'autres espèces sont également touchées, au premier rang desquelles les invertébrés terrestres, comme les vers de terre, indispensables maillons de la vie des sous-sols.
Suivent les pollinisateurs -- abeilles et papillons -- puis les invertébrés aquatiques, comme les gastéropodes d'eau douce et les puces d'eau, les oiseaux, les poissons et les amphibiens.
Les chercheurs précisent ne pas avoir de données suffisantes pour déterminer leur impact sur les mammifères et les reptiles, même si un «impact est probable» sur ces derniers.
Planète/20mn